1950 — · Scuderia Ferrari
Je n'ai pas encore fini.
1950 — 1962
Le Sang de Ferrari
Quand le championnat du monde de Formule 1 a été créé en 1950, je n'ai pas vu un sport. J'ai vu la guerre la plus pure qui soit — celle de l'intelligence contre l'intelligence, de l'acier contre l'acier, de la volonté contre la mort. J'ai engagé la Scuderia sans hésiter.
Je ne me déplace pas sur les circuits. Je dirige depuis Maranello. Les téléphones, les télex, les rapports que mes ingénieurs m'envoient dans les minutes qui suivent chaque course. Je vois tout par procuration. Certains disent que c'est de la faiblesse. C'est de la discipline. Un général ne combat pas au front.
Chaque monoplace qui quitte mon usine est une partie de moi-même que j'envoie mourir ou vaincre. Je ne construis pas des voitures de course. Je construis des arguments. Des preuves que Maranello est capable de concevoir ce que personne d'autre ne peut concevoir.
La F1 est le banc d'essai le plus cruel du monde. Un moteur qui dure deux heures sur circuit vaut cent moteurs qui durent dix ans sur route. C'est le seul banc qui compte.
Les Victoires
Mon pilote. Fils d'Antonio Ascari que j'avais connu avant la guerre. Alberto a dominé 1952 et 1953 avec une régularité qui tenait du prodige. Je savais, en le regardant conduire, que certains hommes sont nés pour ça et pour rien d'autre.
J'ai prêté une Ferrari à Fangio pour la saison 1956. On ne refuse pas à un maître le meilleur instrument disponible. Il a été champion. Ce titre est à Ferrari autant qu'à lui — une monoplace Maranello sous ses mains d'argent.
Un Anglais flamboyant, nœud papillon sur sa combinaison, bière à la main après la course. Premier champion britannique de l'histoire. Il m'a annoncé sa retraite en décembre 1958. Il est mort en janvier 1959 dans un accident de route banal. La course protège parfois mieux que la vie ordinaire.
Avec la 156 Sharknose, j'avais la meilleure voiture du plateau. Phil Hill a été champion. Premier Américain de l'histoire à décrocher la couronne. La même saison, mon équipe a remporté le premier titre constructeurs de l'histoire du championnat. Deux couronnes en un an. Ça ne suffit jamais.
Quand je gagne une course, je pense immédiatement à la prochaine. Quand je perds, je ne pense qu'à celle que je viens de perdre. Je ne suis jamais tranquille. C'est ça, être constructeur. — Enzo Ferrari, Maranello, 1962
Les Hommes que j'ai choisis
Je ne recrute pas des pilotes. Je les choisissais. Certains m'ont déçu. Certains sont morts dans mes voitures. Aucun ne m'a laissé indifférent.
Et aussi : Luigi Villoresi, Piero Taruffi, Wolfgang von Trips — mort à Monza en 1961, le même jour que le titre de Phil Hill. La victoire et le deuil, mêlés. C'est toujours ainsi.
Les Machines
1962 —
La saison 1962 se termine. Les Anglais ont construit des châssis monocoques que je refuse encore de voir supérieurs aux miens. BRM et Lotus me talonnent. Coventry Climax progresse.
Je retourne à Maranello. Mes ingénieurs m'attendent. Il y a un nouveau moteur sur la table. Il y a toujours un nouveau moteur sur la table. La F1, je ne l'ai pas encore finie.
Continuer l'exploration